Mouth of the Somme (c)Donar Reiskoffer

Personne n’en parle: quand les plages polluent les déchets plastiques (!)

Mouth of the Somme (c)Donar Reiskoffer
Embouchure de la Somme (c)Donar Reiskoffer

Les chimistes qui ont conçu les matières plastiques souhaitaient voir naître la matière une indestructible. Des chaînes de polymères si compactes si enchevêtrées que rien ne pourrait les rompre, et rien ne pourrait les corrompre. Une matière imputrescible, éternelle. Alors pourquoi utiliser ces matières dans des objets estampillés « jetable »?

Pendant longtemps, la majeure partie du XXe siècle, on a cru que le plastique était une matière neutre, inoffensive. C’était assez naïf puisque:

a) les plastiques sont nombreux et variés, pensez vinyle, polystyrène, PVC, viscose, polyéthylène, ils ne se ressemblent pas vraiment n’est-ce pas ? Et la liste est encore longue

b) les matières plastiques sont mélangées à des additifs de toutes sortes.

On connait aujourd’hui les effets d’additifs comme le bisphénol A et des phtalates qui agissent comme des pertubateurs endocriniens sur les organes reproducteurs. Mais les recherches du docteur Dr. Hideshige Takada, à l’Université de Tokyo montrent que les molécules de plastiques elles-mêmes, une fois libérées dans l’environnement, sont dangereuses.

En effet le plastique quand il s’abime,  se réduit en morceaux jusqu’à  atteindre la taille d’une paillette. Ces paillettes de plastiques sont très absorbantes et ont la fâcheuse tendance d’absorber les produits toxiques qui trainent dans la nature. Pas de chance, la France compte des nombreux sites contaminés par des polluants organiques persistants (surnommés affectueusement POP). Des produits chimiques qui eux aussi ont été créés pour durer.  Des produits hautement toxiques  comme:

– les polychlorobiphényles (PCB) dont la stabilité chimique et l’ininflammabilité faisaient un composant de choix dans les transformateurs et les condensateurs électriques

– le pesticide DDT ou si vous préférez dichlorodiphényltrichloroéthane qui a été utilisé intensivement dans la lutte contre les insectes. Jusqu’à ce que l’on découvre qu’il ne se dégradait pas vraiment et qu’il avait tendance à s’accumuler dans l’organisme.

– le lindane, un autre pesticide qui a été interdit en France en 1998, car en plus d’être un neurotoxique très volatile, il avait tendance à se disperser dans l’atmosphère puis à retomber par la pluie.

Les paillettes de plastiques absorbent les « POP » puis leur mobilité et leur petite taille leur permettent ainsi de transporter  la pollution chimique n’importe où. Elles peuvent égayer le sable des plages,  flotter aux quatre vents, plonger dans l’eau, nourrir les oiseaux et les poissons, finissant ainsi dans notre chaîne alimentaire.

(c) http://www.pelletwatch.org
(c) http://www.pelletwatch.org

Des plaisanciers du monde entier envoient des collectes de paillettes  effectuées sur leur plage locale au Docteur Takeda afin qu’il en mesure la teneur en polluants organiques persistants. Vous pouvez vous aussi lui envoyer  les paillettes de votre plage préférée, renseignez-vous sur http://www.pelletwatch.org/maps/index.html .  Ces travaux ont été repris dans la presse scientifique internationale et plusieurs reportages et documentaires. Il est étonnant que la mappemonde ci-dessus n’ait pas été plus largement reprise dans la presse française. Cette carte établit les concentrations en PCB dans les paillettes de plastiques qui égaient les plages de la planète. Et il semblerait que la France, plus précisément les plages de la baie de Seine détiennent  – et de très, très loin, le triste record mondial de la pollution aux PCB.

Et ce, 25 ans après l’interdiction de l’utilisation de ce produit chimique dans l’industrie.La réserve naturelle voisine de la baie de Somme, trésor de biodiversité est elle aussi lourdement contaminée, comme on peut le voir sur la carte ci-dessous établie par l’association Les Robins des bois à partir des arrêtés préfectoraux restreignant la pêche pour cause de pollution aux PCB.

(c)Robin des bois
(c)Robin des bois

Les plastiques agissent ici comme les révélateurs et les moyens de locomotion de pollutions moins voyantes mais plus insidieuses et toxiques.

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