Mon voyage en cargo : la transatlantique à bord d’un bateau de marchandises

Le mois dernier, j’ai traversé l’Atlantique, du Canada à la Belgique en cargo. Ça m’a pris 8 jours. Un peu plus, si on compte le départ repoussé d’une semaine annoncé  à la dernière minute. Le voyage en bateau c’est du slow travel. Ça demande une souplesse d’emploi du temps et un certain sens de l’improvisation.

IMG_8778voyage en cargo (c) Ea Marzarte - Small & beautiful blog

On m’a beaucoup demandé pourquoi j’ai voulu traverser l’Atlantique en bateau. Ce n’est pas exactement une histoire courte, mais si vous tenez à savoir…

Alors ça a commencé en 1743 – j’avais prévenu ou pas ?  – quand mon arrière-arrière-arrière-grand-père a quitté Bordeaux pour l’Île Maurice, appelée alors l’l’Île de France, en qualité de capitaine de vaisseau pour la marine marchande. Il a fallu deux siècles avant que ma maman ne  fasse le chemin inverse vers la France, en avion. Ses frères et soeurs ont eux aussi hérité  de semelles de vent et ma famille proche est éparpillée entre plusieurs capitales européennes et africaines, l’Australie, le Canada, et puis bien sûr l’île Maurice. Mon frère habite à Montréal.
Un après-midi pluvieux à l’école primaire, on nous a passé la K7 de Fievel et le Nouveau Monde. Ainsi est né mon rêve d’arriver au bas de la statue de la Liberté en bateau, ou du moins de faire une transatlantique. Evidemment mon bateau à moi n’aurait pas été fracassé par une tempête…
À la fac, je suis tombée sur le Guide des voyages en cargo de Hugo Verlomme. Écrivain de la mer, Verlomme a été l’un des premiers en France à sonner la tirette d’alarme au sujet de la pollution des océans par les emballages plastiques dans un livre La guerre du pochon. Mais revenons à  nos cargos, je voulais fêter les 40 ans de mon frère mais sans faire exploser mon empreinte carbone.

Footprint calculator  (c) Ea Marzarte - Small & beautiful blogJe mesure mon impact régulièrement. Alors, pas comme Bridget Jones et son  journal des calories, hein… Mais quand même, je me sens plus légère en essayant de vivre selon les capacités d’une seule planète. Je tiens les comptes à l’aide d’un calculateur d’empreinte écologique, le Footprint Calculator en VF.

Après plusieurs années à modifier ma consommation, mes modes de transports, d’alimentation etc… si je passe une année sans voyager en avion je reste dans les capacités d’une seule planète. Malheureusement un voyage en avion, ça pèse lourd en dioxyde de carbone (CO2). Selon les chiffres de l’aviation civile  aller-retour Paris-New York sans escale représente 1 tonne de CO2.

Une tonne de CO2, c’est l’équivalent de :
– 1 aller-retour Paris/New-York en avion pour une personne (environ 12 000 km)
– 6 allers-retours Paris/Marseille en avion pour une personne (une chose que m’auront enseigné les trains américains : le TGV c’est vraiment bien )

Une tonne de COreprésente l’équivalent :
– des émissions annuelles moyennes d’un Français pour le chauffage de son domicile
– des émissions d’une voiture moyenne en France pour effectuer 5 000 Km (soit l’équivalent de 198g CO/ km)

J’ai donc cherché à compenser mes émissions carbone liées à ce voyage.
La plupart des programmes des compensation carbone que j’ai trouvé consistaient en des produits de sylviculture à court terme. Les arbres sont plantés, puis coupés jeunes, en fonction de leur rendement carbone.
Après réflexion, j’ai préféré allouer une partie de mes impôts à la conversation des forêts existantes, via défiscalisation de mes dons. Selon un récent rapport du WWF, ces cinq dernières années, le pays a contribué à déboiser potentiellement 5,1 millions d’hectares, à travers les seules importations de 7 matières premières. WWF, le Fonds Mondial pour la Nature fait pression sur les gouvernements contre la déforestation importée afin que l’on cesse de traiter les forêts comme du papier toilette.

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‎⁨Parc national de la Jacques-Cartier⁩, ⁨Stoneham-et-Tewkesbury⁩, au Québec,                                 ressource renouvelable ou merveille du monde ? (c)  Small & beautiful blog

Pour faire une transatlantique sans énergie fossile la solution c’est le bateau à voile. J’en ai très envie. Un jour, peut-être ? Mais cette fois-ci, même en étant plutôt souple, je manquais de temps. J’ai cherché d’autres solutions armée du Guide du grand Voyageur co-écrit par Nans Thomassey (je suis une inconditionnelle de sa série Nus et Culottés) et j’ai opté pour le voyage en porte-conteneurs.

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Alors entre nous soit dit les porte-conteneurs en eux-même sont loin d’être propres. Cependant un navire transportant 5 000 conteneurs équivaut à 2 500 semi-remorques collés les uns après les autres sur 40 km. Résultat pour un passager les émissions de carbone sont 15 fois inférieures à celles d’un voyage en train à raison de 0,2g d’équivalent carbone par passager et par kilomètre!

J’ai donc voyagé sur un cargo de 300 mètres de long durant 8 jours.

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J’appréhendais le mal de mer. En réalité, tant qu’on a le ventre plein, tout va bien. Dans le train entre Montréal et Québec, j’avais été rassurée à ce sujet par une traductrice franco-danoise qui était rentrée en cargo depuis le Cameroun. C’était les années 70, fauchée après un tour d’Afrique, elle avait fait du bateau-stop.

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Aujourd’hui les voyages en cargo sont devenus des produits de luxe. J’avais économisé un an avant de finalement réserver. Je suis une privilégiée, j’en suis bien consciente. Il m’est permis de pouvoir observer en différents lieux à quelle point cette planète est belle, alors pourquoi pas ? Chacun a sa cabine avec les commodités, on est logé, nourri, blanchi.  Il faut compter de 70 à 130 € par journée à bord. À titre d’exemple, pour un départ depuis la France : comptez entre 900 et 1 500 € pour un voyage en Amérique (entre 10 et 20 jours), entre 2 000 et 3 000 € pour l’Inde (entre 20 et 40 jours). Nous n’étions que deux piétons, les autres voyageurs rentraient en caravane après avoir fait la panaméricaine pendant six mois, un an ou deux ans.

IMG_8790 voyage en cargo (c) Ea Marzarte - Small & beautiful blogOn n’effectue pas de quart comme lors d’un voyage en voilier, mais les passagers sont bienvenus sur le pont pour regarder au large bien au chaud et échanger avec l’équipage. On se consacre à l’oisiveté. Je l’ai  vécu comme une retraite. Discuter. Lire. Faire des puzzles. C’est un vrai luxe que n’avoir nulle part où aller si ce n’est vers l’horizon.

IMG_8677En on prend la mesure du travail de l’équipage philippin, italien et britannique, ils tiennent leurs quarts 8 mois de l’année durant, dans des conditions pas simples surtout quand la mer est démontée, quand il faut décharger et recharger au port, quand il faut réapprovisionner en carburant, quand la machine qui transporte les conteneurs tombe en panne, etc, etc…

IMG_8667.jpgUn voyage en navire de commerce c’est aussi l’occasion de fureter sous les jupes de notre monde matériel. Cette mondialisation dont on parle tant mais dont on connait si peu les arcanes.

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L’arrivée au port, est un voyage en soi. Les lumières du complexe industrialo-portuaire et pétro-chimique d’Anvers doivent scintiller de très loin dans l’espace.

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Est-ce que j’arriverai à éliminer totalement l’avion de ma vie ? Rien n’est moins sûr. Passer du temps en famille est important à mes yeux, mais j’essaierai encore et toujours de trouver des moyens de réduire l’empreinte de la visite. Pour ce qui est de partir à l’aventure, je compte bien davantage sur mes pieds, sur le train et puis bien sûr sur le bateau, en particulier en voilier. C’est l’avenir.

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