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Des bocaux remplis d’espoir

C’est le moment de l’histoire de Noël. Cela ne vous aura pas échappé: j’ai une passion pour les bocaux. De prime abord anodins, ils renferment parfois les plus précieux des secrets.
C’est l’histoire d’une femme, elle s’appelait Irena Sendler, elle habitait Varsovie et durant la Seconde Guerre Mondiale cette assistante sociale y a organisé le sauvetage de 2500 enfants. 2500 vies, dont elle a caché la trace dans des bocaux.

jars 1943 (c) library of congress.pngEn automne 1939, quand la Pologne fut envahie par l’armée allemande, Irena Sendler avait 29 ans, elle était assistante sociale à Varsovie. Le 5 octobre Hitler paradait dans les rues de la ville. Très vite dans les principales villes du pays, les nazis rassemblèrent les résidents de confession juive dans des quartiers fermés  : Varsovie, Lublin, Cracovie, Lodz… Le Ghetto de Varsovie gardait prisonniers 380.000 personnes lors de sa création le 12 octobre 1940, sur 4 km². Dès l’automne 1940, Irena obtint l’autorisation d’inspecter les conditions sanitaires dans le Ghetto.

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Elle y acheminait clandestinement de la nourriture, des vêtements, des vaccins et des médicaments, et se mit en contact avec la résistance qui était en train de se constituer.  De 1939 à 1942, Irena Sendler obtint des permis pour d’autres travailleurs sociaux et contribua à la confection et distribution de quelque 3 000 faux papiers d’identité. Chaque mois, 5000 personnes mouraient de malnutrition et de maladie.

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À partir de 1942, Sendler s’engagea dans le Conseil d’aide aux Juifs, organe de résistance financé par le gouvernement polonais en exil à Londres, nom de code Zegota. Elle y dirigeait la section d’assistance aux enfants du ghetto. À la tête d’un réseau de près de 25 travailleurs sociaux elle organisa d’abord l’exfiltration d’orphelins trouvés dans la rue. Puis des parents se mirent à leur confier leurs enfants afin qu’ils échappent à la déportation vers le camp de Treblinka.

Pour sortir les enfants du ghetto, les plus petits étaient cachés dans des boîtes à outils, des sacs de patates, des seaux, des emballages pour marchandises. Pour les plus grands, on devait  soit passer par les égouts, des portes dérobées soit on les faisait carrément passer pour morts avant de les transporter, anesthésiés, dans des cercueils. Dès que les enfants arrivaient de l’autre côté du mur, ils recevaient des papiers indiquant leur nouvelle identité et étaient accueillis dans des couvents, des orphelinats ou dans des familles d’adoption.

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Irena Sendler, elle, consignait soigneusement leurs noms et prénoms, ceux de leurs parents, ainsi que leur nouvelle identité, en double exemplaire sur de fines feuilles de papier. Ces listes étaient ensuite glissés dans deux bocaux de verre distincts enterrés sous un  pommier à la sortie du Ghetto. Tout près des baraquements allemands.

Le 20 octobre 1943, la Gestapo vint arrêter Irena. Questionnée et torturée pour livrer les noms des membres de son réseau, elle garda le silence. Elle eu les pieds et les jambes brisées.  Sur le chemin du peloton d’exécution, elle dut sa libération à un soldat allemand payé par Zegota.

À la fin de la Guerre, lorsque vint le moment d’ouvrir les bocaux, Irena Sendler y retrouva les noms de 2 500 enfants sauvés par le réseau. Elle entreprit avec le Zegota des recherches afin de tous les localiser. Ils ne parvinrent à réunir que très peu de familles. Le Zegota sauva 75 000 Juifs polonais entre 1942 et 1945, et délivra plus de 60 000 fausses identités.

Irena Sendler vécut jusqu’à ses 98 ans, ce qui donna à de nombreux enfants sauvés l’occasion de la rencontrer. En 2007, son nom fut proposé pour le Prix Nobel de la Paix. Quand on lui demandait ce qui l’avait poussé à prendre de tels risques elle citait son père, un médecin engagé dans l’action sociale, qui l’avait élevé en lui répétant :

« Si tu vois quelqu’un se noyer, tu dois tout faire pour le sauver, même si tu ne sais pas nager. »

La vie en bocal de Jack Mayer, éditions Zdl.

 

 

8 réflexions sur “ Des bocaux remplis d’espoir ”

  1. Je découvre ton blog et je rattrape plusieurs articles. Celui-ci me donne envie de lire le livre… Le livre que j’ai mis en bonne résolution 2016: lire au moins 3 livres dans l’année! Merci pour l’idée et bravo pour ton blog🙂

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